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LA COMMUNE DE PLUFUR

PLUFUR est une commune du Trégor située entre LANNION et MORLAIX au sud de PLESTIN-LES-GRÈVES. Son existence est signalée au Vème siècle. On retrouve la trace de la commune dans les archives départementales au XVème siècle. Elle faisait alors partie de la Seigneurie de GUINGAMP. 
Au XVlème siècle, on parle de la seigneurie de KERANROUX-PLUFUR s'étendant dans les paroisses de PLUFUR, PLESTIN-LES GRÈVES, TREMEL et PLOUNERIN. Au XVllème siècle, l'importance de PLUFUR ne fait que s'accroître puisque l'on y trouve une cour et une juridiction de KERANROUX, exercée par un sénéchal alloué, un lieutenant, un procureur fiscal et un greffier.   
Jusqu'au XVlllème siècle les seigneurs de KERANROUX furent liés au devenir de PLUFUR et de ROSAMBO dont le château est situé à LANVELLEC, commune voisine. En 1688, Geneviève de COSKAER, l'héritière de ROSAMBO épouse Louis Le PELLETIER de KERANROUX. C'est la raison pour laquelle on retrouve aujourd'hui des armes des COSKAER et des KERANROUX sur l'autel de l'aile Nord, les fonds baptismaux et les pignons de l'église de PLUFUR.   
Au XIXème siècle, dans ses écrits (Histoire et géographie de toutes les villes et communes du département - GUINGAMP 1854/1859) Benjamin JOLUVET note que la commune de PLUFUR est formée des villages de KERDARET, KERGUENQUEREC, KERVINIOU, KERLAERAN, KERANROUX, LESCLEC'H, LE MERDI, KERABALAN,KERAPROVOST, KERVUBU, LUZUNEVEZ, LE BODS, PIFAC'H, KERISELO, KERBASCOEN, KERHINEL, KEZARMOAL, KERAMONO, KERIZELAN, LE CHRIST, MAZAC'HTY, RUN AR MANAC'H BRAS, FOUR-BRAS, PEN-ARVOERN, PORS-LAZO, POUL-AN-VRAN ... que sa superficie est de 1749 hectares 55 ares et renferme, entre autres, les moulins à eau dits Milin-ar-Ian, Lesclec'h, ar C'hastel, ar Manac'h, Kerprigent, ar Pont.  Bien délimitée par le Yar, à l'ouest, et son affluent le Dour-Elego, à l'est, la paroisse de Plufur a conservé son territoire originel. Le seul témoignage de présence romaine est un nombre important de monnaies en bronze, découvertes en 1836 à Keranroux. Bien que le nom de la commune soit dans sa forme actuelle identique au breton *FUR "sage", le choix de Saint Florent, évangélisateur du Poitou et fondateur au 4è Siècle du monastère de Saint Florent Le Vieil (M. et L.), comme patron de l'église incite à croire à une altération phonétique. Sa présence suggère que la forme sincère du nom était *FLUR, correspondant au gallois FFLUR"fleuri". Mais le sens le plus prononcé reste: "le bourg de la paroisse du sage"   Les origines du bourg ne sont pas moins obscures, l'ancien cadastre indique dans le voisinage immédiat une maison appelée Château-Gaillard, mais les seuls vestiges de fortifications sont les anciennes mottes féodales de Guern Ar Hastel et de Keroué. A l'extrémité sud de la paroisse, on retrouve le site de Manac'h ty (Maison des moines en breton) soit le monastère, devenu possession des moines cisterciens de l'abbaye du Relecq en Finistère, siège d'un prieuré, le manac'h ty constituait l'un des quatre membres de leur temporel. Le village aurait été construit sur le site du bois aux corbeaux par les moines qui habitaient à Kergeffroy. L'importance de la paroisse de Plufur, qui appartenait au 15è Siècle à la seigneurie de Guingamp, s'accrut lorsque les institutions juridiques et fiscales de la seigneurie de Keranroux s'y fixèrent. 

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PLUFUR SOUS LA REVOLUTION

  Quand les premiers souffles de la tourmente révolutionnariste passèrent sur la France, Plufur avait la bonne fortune de posséder comme recteur un prêtre fort distingué et plein de zèle, qui occupait déjà ce poste depuis 1782. C'était M. Charles-Marie Fercoq, originaire de Plougonver, fils du sénéchal de la juridiction du Cleuzdon, et le digne frère de l'excellent curé de Plouaret à cette époque, immense et importante paroisse que ce dernier avait obtenue au concours.  D'après l'abbé Tresvaux, Charles-Marie Fercoq, recteur de Plufur, demeura fidèle à sa foi et refusa d'adhérer à la Constitution civile du clergé. Tout porte à croire qu'il dut se cacher pendant les premiers temps de la persécution, c'est-à-dire, de 1792 à 1794.  Enfin arrêté au mois de juillet 1794, il fut immédiatement conduit à Rochefort, où il fut détenu, en même temps qu'un grand nombre de ses confrères bretons, à bord des « Deux-Associés », vraie prison flottante, déjà contaminée par une horrible maladie.  Force fut donc bientôt de remettre les malades à terre. On les débarqua à l'embouchure de la Charente, près d'une petite île appelée île Madame, ou, suivant le langage de ce temps, l'île citoyenne. On y dressa huit tentes, dans lesquelles on déposa les pauvres malades, vers la fin du mois d'août. Mais, là encore, leur sort était vraiment digne de pitié. Dénués de tout secours, privés de nourriture confortable, rongés par la vermine, ils devaient sous peu succomber fatalement à leurs maux. Aussi, dès le mois de septembre, on compta cinq bretons parmi les morts. De ce nombre était le bon abbé Charles-Marie Fercoq, âgé seulement de 39 ans. Il avait été recteur de Plufur pendant dix ans, c'est-à-dire, de 1782 à 1792.       
Dans cet intervalle, il eut successivement comme vicaires : M. Briant qui y resta deux ans, de 1788 à 1790 ; M. Lozac'h qui y passa l'année 1790, et M. Daniel qu'on n'y trouve plus au commencement de 1792.      
Il est vraiment regrettable que les archives locales ne fournissent sur ces trois prêtres aucun renseignement. Comme on devait le prévoir, à peine M. Fercoq parti, Plufur ne tarda pas à devenir la proie d'un prêtre constitutionnel. Nous savons désormais qu'ils n'étaient alors que trop nombreux dans ce pays, demeuré depuis si froid pour les pratiques religieuses.  D'après le cahier de paroisse, cet intrus était un sieur Lanoé, qui administra cette paroisse de 1792 à 1803. C'est alors que Mgr Caffarelli y nomma comme recteur M. l'abbé Ménou, à qui il dut conférer la prêtrise, et qui ne peut être que le diacre Jean-Marie Ménou, né à Plestin (Plestin-les-Grèves), dont il est fait mention aux archives de cette commune, et qui y passa au sein de sa famille, très nombreuse alors, les mauvais jours de la Terreur, en butte à toutes sortes de tracasseries de la part des révolutionnaires.     
Malgré tout, je dois dire cependant que la municipalité plestinaise était loin de lui être hostile. C'est ainsi que, le 22 février 1792, elle lui délivra un certificat de bonne conduite attestant que « Jean-Marie Ménou, diacre, âgé de 23 ans, né et demeurant à Plestin, ne troublait en rien l'ordre public ». Enfin il mourut recteur de Plufur en 1810 et fut enterré à Plestin (Plestin-les-Grèves), sa paroisse natale. On y transporta son corps le jour même du pardon de Plufur, et les danses continuèrent avec entrain pendant que le cortège funèbre passait sur la place. Pour punir cette insolence, la paroisse fut privée de prêtre pendant six ans (le diocèse de Saint-Brieuc pendant la période révolutionnaire - 1899).

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